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Eramet : l'État premier actionnaire, une gouvernance à recomposer

L'APE devient le premier actionnaire d'Eramet via une augmentation de capital de 500 millions d'euros. Ce que l'opération change pour la gouvernance.

18 octobre 2026 · 3 min de lecture

L'État a annoncé le 12 octobre 2026 qu'il renforcerait sa participation au capital d'Eramet, rapporte Daf-Mag. Le groupe minier, producteur de manganèse, de nickel et de lithium, confirme dans un communiqué qu'il lancera au quatrième trimestre une augmentation de capital de 500 millions d'euros avec droits préférentiels de souscription, annoncée dès février.

À l'issue de l'opération, l'Agence des participations de l'État deviendra le premier actionnaire du groupe, devant la famille Duval. Un changement d'actionnaire de référence dépasse le bilan : il modifie l'équilibre dans lequel la direction générale exerce son mandat.

Une opération imposée par le bilan

Le communiqué d'Eramet, résumé par Fortuneo Bourse, ne laisse pas de doute sur la nécessité de l'opération. Après une année 2025 de pertes significatives, la dette nette s'est dégradée, avec un levier ajusté de 5,5 fois et un taux d'endettement de 125 %, en contradiction avec les obligations bancaires du groupe. Daf-Mag chiffre la perte nette de 2025 à 477 millions d'euros.

L'augmentation de capital doit renforcer les fonds propres et assurer le respect des engagements bancaires. Elle s'accompagne de deux autres volets : un programme d'amélioration de la performance et la cession d'actifs. Le groupe s'engage par ailleurs à ne reprendre le versement de dividendes que lorsque son levier ajusté repassera sous une fois.

Un actionnariat redessiné par contrat

Le mécanisme retenu dit beaucoup de l'équilibre recherché. L'APE souscrira pour sa quote-part, soit 27,1 % du capital, et rachètera tout ou partie des droits de souscription de Sorame-CEIR, qui porte la participation de la famille Duval, de sorte que ses droits de vote effectifs en assemblée générale ne dépassent pas 49 %.

Sorame-CEIR deviendra le deuxième actionnaire et s'engage à ne pas détenir plus de 30 % des droits de vote effectifs. Le reste du capital, notamment le flottant, pourra suivre ou céder ses droits sur le marché. L'exécution reste soumise à l'obtention, auprès de l'Autorité des marchés financiers, d'une dérogation au dépôt d'une offre publique obligatoire par l'APE.

Les deux plafonds dessinent un actionnariat de référence à deux, sans majorité absolue. La gouvernance qui en résultera dépendra moins de la répartition du capital que de ce que les deux actionnaires conviendront sur la composition du conseil et sur les décisions qui leur seront réservées.

Un sommet déjà remanié

L'opération intervient dans une année de turbulences au sommet. Le 1er février 2026, le conseil d'administration a mis fin au mandat du directeur général Paulo Castellari, nommé en mai 2025 pour quatre ans, en invoquant des « divergences sur les modes de fonctionnement », selon Ecomatin. La présidente, Christel Bories, a été désignée pour assurer l'intérim, avec le retour annoncé à une séparation des fonctions de président et de directeur général.

Christel Bories avait alors parlé d'« un problème de méthode », apparu dans le processus de prise de décision et les interactions entre le conseil et le directeur général. Le différend portait ainsi sur la manière dont le pouvoir se partage entre le conseil et l'exécutif.

Ce que l'opération pose aux dirigeants

Le cas réunit trois questions qui se posent rarement en même temps à une direction générale. La première porte sur l'actionnaire : l'État présente l'opération comme un enjeu de souveraineté sur les métaux critiques, ce qui inscrit le groupe dans un horizon politique autant que financier.

La deuxième porte sur l'organisation du pouvoir exécutif : le retour annoncé à des fonctions séparées de président et de directeur général se prépare sous un actionnariat de référence qui change au même moment.

La troisième porte sur la discipline financière. L'engagement de suspendre le dividende jusqu'à un levier inférieur à une fois fixe à la direction un objectif lisible par tous les actionnaires, y compris les minoritaires qui auront suivi l'augmentation de capital.

L'opération stabilise le bilan. Elle laisse ouverte la question qui avait conduit au départ du directeur général en février : la répartition des rôles entre le conseil et la direction, que la nouvelle configuration du capital devra trancher.


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